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WINTER 2005 Vol.6 No.4
  À la découvrete de la Corée
  Les « angbuilgwi » et « jagyeongnu »
Prodigieux compteurs du temps joseonien
  Nam Moon-hyon
Professeur à l’Université Konkuk et président de l’Institut de recherche Jagyeongnu
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Dès l’Antiquité, les Etats d’Asie de l’Est sont confrontés à la tâche cruciale, par ses incidences politiques, d’observer les corps célestes au moyen de dispositifs et installations astronomiques pour recueillir les informations nécessaires à l’établissement du calendrier, fondement de l’identité et de l’indépendance nationales. À peine s’était-il écoulé trois ans depuis l’avènement en 1395 de la Dynastie Joseon (1392-1910), que le Roi Taejo (r. 1392-1398) fit dresser sa carte systématique du ciel astronomique, le « Cheonsangnyeolchabun-yajido ». L’élaboration du calendrier incombait exclusivement au « Gwansanggam », c’est-à-dire le bureau d’astronomie compétent pour traiter toute question relative à cette science, ainsi qu’aux calendriers, à la cartographie et aux clepsydres, ce qui conférait à son respon-sable l’importance d’un Premier ministre actuel. Le calendrier constituait alors une précieuse source d’information pour détermi-ner la position astrométrique des astres et rédiger l’almanach de l’année à venir comportant des indications sur les fêtes et époques importantes d’un point de vue pratique, notamment dans les activités agricoles. À chaque sols-tice d’hiver, jour le plus court de l’année qui correspond au 22 décembre sur le calendrier solaire, le nouvel almanach était distribué aux fonctionnaires du gouvernement et aux sujets du royaume.
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Calendrier aux constellations de sept étoiles
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C’est à l’époque des Trois Royaumes (Ier s. av. J.-C. - VIIe siècle) que la Corée instaure le calendrier chinois faute de disposer du sien propre, à l’instar du roi Chungseon (r. 1308-1313) qui, pendant la dynastie Goryeo (918-1392), adoptera le Shoushi dressé par Guo Shoujing (1231-1316) sous le règne des Yuan. Celui-ci était alors le plus évolué qui soit car reposant sur un calcul précis de l’heure et de la position de la Terre à partir du solstice d’hiver, point de référence par rapport auquel la durée d’une année était fixée à 365,2425 jours et celle d’un mois à 29,530593 jours. Conçu dans la Chine des Yuan, ce système s’avérera inadapté à l’époque Joseon et le roi Sejong (r. 1418-1450), conscient de cette carence, fera édifier l’observatoire royal dans l’enceinte du palais en vue de réaliser des études astronomiques permettant d’établir un calendrier déterminant la latitude exacte de la capitale, Hanyang, la Séoul d’aujourd’hui, et ordonnant aux savants Yi Sun-ji (?-1465) et Kim Dam (1414-1464) de prendre celle-ci comme référence pour y adapter le Shoushi-Li. Le monarque allait ainsi instituer un système régissant une nouvelle division du temps, le « Chiljeongsan Naepyeon », c’est-à-dire le calendrier aux constellations de sept étoiles, les termes « Chiljeong » ou « Chiryo » désignant sept corps célestes constitués du Soleil, de la Lune et de cinq étoiles. Il chargea en parallèle l’horloger Jang Yeong-sil de mettre au point la clepsydre « Jagyeongnu » un mécanisme donnant l’heure à intervalles réguliers. Installée dans le Pavillon Borugak du Palais Gyeongbok-gung au premier jour du septième mois lunaire en l’an 1434, cette horloge à eau allait fournir à la Corée son heure de référence, ses signaux horaires étant transmis, de jour, jusqu’à la porte Gwanghwamun pour sonner midi, ainsi qu’au crépuscule et à l’aube, jusqu’au pavillon de la Cloche Jongnu sur la rue de Jongno, pour annoncer l’ouverture et la fermeture des portes de la ville respectivement par vingt-huit coups marquant le couvre-feu et trente-trois indiquant la levée de celui-ci.
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Un système horaire intégré
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Le calendrier aux constellations de sept étoiles fixait la durée du jour de son commencement à minuit au lendemain à la même heure et divisait cette période en douze unités pour obtenir l’heure double. Celle-ci était à son tour subdivisée en un début et un centre respectivement nommés « cho » et « jeong », équivalait à deux heures actuelles de soixante minutes et portait le nom de l’un des douze animaux du zodiaque oriental, à savoir rat, bœuf, tigre, lièvre, dragon, serpent, cheval, agneau, singe, poule, chien ou cochon. Au système de l’heure double s’ajoutait celui des « cinq divisions nocturnes », qui délimitait la nuit par le coucher du soleil et son lever suivant et la fractionnait en « ogyeong », c’est-à-dire cinq divisions nocturnes dont chacune se composait elle-même de « sous-divisions nocturnes » ou « ojeom ». Divisions et sous-divisions nocturnes se comptant de une (première) à cinq, les heures se lisaient « première division nocturne, sous-division initiale », puis « première division nocturne, seconde sous-division » et ainsi de suite jusqu’à « cinquième division nocturne, cinquième sous-division ». La durée de la nuit n’étant pas la même toute l’année, elle faisait l’objet d’un calcul saisonnier effectué à l’aide du « Nujutongui », un traité sur le fonctionnement de l’horloge à eau ou clepsydre fondé sur le calendrier aux constellations de sept étoiles et sur l’application des divisions et sous-divisions nocturnes ainsi que des douze heures doubles et cent intervalles égaux. Par ailleurs, les troupes cantonnées dans des régions isolées et en zone rurale ne pouvant lire l’heure la nuit au moyen d’horloges à eau, elles recouraient à des observations méridiennes des étoiles pour calculer l’heure au fil des vingt-huit étapes de la course du Soleil dans le zodiaque, saison après saison.
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L’« angbuilgwi », horloge populaire
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Dans les Annales du roi Sejong, au dix-neuvième jour du quatrième mois lunaire de l’an 1437, le monarque relate comme suit l’invention du cadran solaire : « Conscient que les gens du peuple, par manque d’instruction, peinaient à lire l’heure, j’ai fait confectionner, pour que cela leur fût plus aisé, deux cadrans solaires ornés sur leur face intérieure de figures représentant les douze heures doubles et les ai fait disposer à côté du pont Hyejeonggyo et au sud de la rue de Jongmyo, haut lieu ancestral de la royauté ». Ainsi étaient nées les premières horloges conçues et exposées à l’usage du public pour lui inculquer la connaissance importante de l’heure. Ces appareils étaient aussi connus sous le nom d’« omok » désignant un cadran solaire concave universel consistant en une sphère céleste évidée de sa moitié supérieure à partir de l’équateur pour former une cuvette et y tracer des lignes horizontales et verticales sur la paroi interne. Au-dessous des douze premières, qui marquaient l’heure, figuraient les douze signes du zodiaque et aux six autres, gravées de haut en bas de part et d’autre de l’équateur, s’ajoutaient les vingt-quatre subdivisions correspondant aux saisons et sur lesquelles une tige ou gnomon se dressant au Pôle Sud portait une ombre dont la position indiquait l’heure selon la saison. Au XVIIIe siècle, vont se multiplier les cadrans solaires conçus selon le principe « intégral des vingt-quatre quarts d’heure » et d’après une méthode occidentale de calcul de l’heure rapportée à la latitude de Hanyang, c’est-à-dire 37 degrés, 39 minutes et 15 secondes Nord tels que les appareils de précision fixes ou portatifs que fabriquait la maison Gang Yun et dont la renommée allait s’étendre jusqu’à la Chine à la fin du XIXe siècle. Les gens du peuple appréciaient tout autant les premiers que les seconds, qui se présentaient sous forme de pendentifs appelés « seonchu » et donnaient à la fois l’heure et l’orientation.
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Le « jagyeongnu », gardien de l’heure légale
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C’est en 1434 que le maître horloger Jang Yeong-sil crée le « jagyeongnu », qui allait par la suite devenir la plus célèbre horloge hydraulique coréenne et dont le mécanisme horaire comportait une partie analogique, la clepsydre à triangle flottant, et une autre, numérique, indiquant les espaces horaires selon la méthode des douze heures doubles, cinq divisions et sous-divisions nocturnes. Ces trois unités étaient représentées par des signaux horaires sonores émis par des figurines de bois venant sonner une cloche à chaque heure double ou frapper un tambour à chaque division nocturne et un gong à chaque sous-division. L’indication des heures doubles empruntait ainsi la forme d’un son de cloche résonnant douze fois par jour et de douze statuettes de bois figurant les animaux du zodiaque qui apparaissaient à la fenêtre à chaque sonnerie et portaient une tablette marquée de l’heure double correspondante. Les cinq divisions et sous-divisions nocturnes étaient données par un mécanisme numérique composé de figurines battant respectivement un tambour ou un gong et actionné par la chute d’une boule provoquée par le fonctionnement de l’horloge hydraulique. Un tel dispositif peut être considéré comme l’un des précurseurs du compteur numérique moderne et au XVe siècle, le « jagyeongnu » était le seul qui en soit doté dans toute l’Asie de l’Est. La clepsydre de Jang Yeong-sil présentant des similitudes avec celle construite par l’Empereur Shundi pour son palais pendant la Dynastie Yuan chinoise, le roi Sejong la fit nommer « jagyeonggungnu », c’est-à-dire l’horloge mécanique du palais, d’où l’appellation de « jagyeongnu ». Selon l’éminent historien britannique Joseph Needham (1900-1995), l’idée de la boule chutant pour actionner le dispositif de signal horaire naquit de l’Horloge éléphant, quatrième horloge à eau décrite dans le Traité des connaissances relatives aux dispositifs mécaniques ingénieux, rédigé en 1206 par le savant arabe Al-Jazari et introduit en Corée par les Chinois de la Dynastie Yuan. En 1536, le pavillon Borugak allait se doter d’un «jagyeongnu » amélioré, la « nouvelle horloge à eau de Borugak » dont l’automate annoncerait le début du couvre-feu et sa levée jusqu’aux invasions japonaises de 1592 à 1598 qui provoquèrent sa destruction, mais dont subsistent les vestiges dits de « l’horloge à eau à automate de Borugak » qui se limitent aux récipients de la clepsydre, le dispositif de signal horaire ayant disparu. C’est cette pièce classée Trésor national n° 229 qui figure sur le billet de banque coréen de 10 000 wons en commémoration d’un héritage technique et scientifique qui possède une importante valeur sur le plan mondial et fait toujours la fierté des Coréens. En l’an 1438, vingtième du règne du roi Sejong, Jang Yeong-sil mettait au point une seconde horloge portant l’appellation d’« horloge à eau à automate de Heumgyeonggak » ou « horloge céleste » et reprenant le principe du « jagyeongnu » pour l’appliquer à la représentation des phénomènes astronomiques. Par la suite, la fabrication traditionnelle des « jagyeongnu » allait être perpétuée par l’astronome Song I-yeong sous le règne du roi Hyeonjong (r. 1659-1674), lequel allait lui-même créer en 1669 une sphère armillaire qui demeure aujourd’hui en tant que Trésor national n° 230. Invention capitale pour l’industrie horlogère d’Asie de l’Est, le « jagyeongnu » avait tiré partie des importantes réalisations de la Dynastie Joseon dans les domaines politique, philosophique, scientifique, technologique, religieux et artistique. Ce compteur de temps, que Joseph Needham allait qualifier de « clepsydre qui bat » (the striking clepsydra) et qui relevait d’une véritable prouesse technique, allait devenir le gardien de l’heure légale de Joseon en même temps que le témoin de l’ingéniosité de ses sujets, en ouvrant la voie à l’innovation en matière d’automatismes préfigurant la robotique. La restauration dont il fait aujourd’hui l’objet permettra de revivre les heures de gloire de son invention par Jang Yeong-sil et du règne du roi Sejong.
 
 
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